C'est quoi la désinformation ?
1. C'est quoi la désinformation ?
1.3. Comment sont construits ces discours ? Le rôle des freins
Ceux qui fabriquent des contre-discours jouent sur nos freins naturels face aux changements et permettent à chacun de trouver des arguments en faveur d’un délai adapté à sa propre sensibilité. De manière générale, les discours se sont déplacés dans la société :
- Négation de la dégradation environnementale (notamment du réchauffement climatique) sous l’effet des activité humaines,
- Puis remise en cause de sa gravité,
- Et plus récemment, vers différentes tactiques de diversion portant sur les éléments nécessaires aux transitions écologiques (mix énergétique avec des énergies renouvelables, sortie des énergies fossiles, restriction d’usage de pesticides, zéro artificialisation nette, zones protégées, électrification des mobilités, réduction des protéines animales dans l’alimentation…).
Ce déplacement des discours s’est effectué au fur et à mesure d’une meilleure appropriation de la gravité des enjeux par la population.
Une partie de ces discours mise sur nos freins individuels ou psychologiques face aux transitions qui sont documentées dans la littérature scientifique et recensées par le GIEC (Groupe Intergouvernemental d’Experts sur l’évolution du Climat) et l’IPBES (Plateforme Intergouvernementale Scientifique et Politique sur la Biodiversité et les Services Écosystémiques).
Freins individuels ou psychologiques
- le manque de compréhension des conséquences du changement climatique et de leur gravité, notamment à long terme ;
- la déconnexion voire le rapport de domination entre Hommes et nature ;
- la résistance aux changements (l’attachement à nos habitudes et la crainte d’une perte dans ces changements) ;
- le sentiment d’impuissance individuelle ou la faible compréhension des liens de causes à effets entre nos modes de vie et la perte de biodiversité ou le changement climatique ;
- la mise en question de la capacité des institutions à proposer des solutions pertinentes ;
- la priorité donnée à des enjeux immédiats de subsistance en regard d’enjeux perçus comme lointains ;
- l’équité (ou sa perception) joue également un rôle important dans l’acceptabilité des mesures.
Freins sociaux et culturels
- les normes et la pression du groupe, qui découragent d’adopter un comportement vertueux ;
- la crainte d’une perte d’identité culturelle associée à certains métiers ou pratiques ;
- l’existence de valeurs dominantes favorisant l’individualisme au détriment du collectif, le matérialisme et la croissance économique, les systèmes occidentaux technoscientifiques au détriment d’autres visions de la nature.
Autres freins
- des freins économiques, à l’effet de verrouillages induits par les choix passés,
- des freins techniques ou institutionnels.
Les transitions environnementales peuvent donc être perçues comme des stress qui viennent s’ajouter aux autres tensions résultant des changements sociétaux rapides auxquels nous faisons face (changements culturels, digitalisation, etc.). Les mécanismes psychologiques que ces stress déclenchent (déni, résistances diverses) sont autant de leviers pour des discours démagogiques même s’il est essentiel d’avoir en tête que ces mécanismes sont au départ des moyens sains que nous avons de nous protéger et que les préoccupations d’équité sont totalement légitimes.