La pollution plastique de l'océan : quelles solutions ?

3. La transcription

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Alors, je vais passer maintenant à la troisième partie de mon exposé qui parlera plus des solutions, et puis après on va pouvoir débattre de tout ça pour aller vers « distinguer le vrai du faux ». 

Le leurre du recyclage

Je l'ai appelé comme ça parce que il y a eu un leurre qui s'est mis en place par les gestionnaires des déchets qui ont fait croire à ce qu'on appelle une économie circulaire. Alors, l'économie circulaire, c'est un concept qui se défend de circulariser l'économie. L'économie dite linéaire, c'est « je prends des ressources, je crée un produit et je le jette ». L'économie circulaire voudrait dire que je prends des ressources, je fais le produit, je l'utilise et ensuite une fois qu'il est jeté, il va pouvoir resservir de matière primaire pour refaire du plastique. La réalité, comme je vous l'ai dit tout à l'heure, elle est loin d'être le cas. Aujourd'hui, en fait, on recycle moins de 10 % du plastique. C'est ce recyclage qui rendrait l'économie circulaire. Le recyclage fonctionne très bien pour le verre, pour le métal, mais pour le plastique, ça ne fonctionne pas. Pourquoi ? Parce que les propriétés mécaniques, quand je réchauffe un plastique pour le recycler, vont faire que les propriétés mécaniques vont être altérées. Et par conséquent, en fait, je ne peux pas faire un produit et le retransformer dans le même produit. Et là quelque part en fait il y a eu un abus d'information. D'ailleurs, il y a eu un procès récemment contre Exxon Mobil, le producteur de pétrole qui produit également les plastiques, sur le mensonge qui a été dit par rapport à ce recyclage qui donnerait soi-disant une économie circulaire. Aujourd'hui, en fait, il est démontré, surdémontré que ça n'est vraiment pas une solution et que aujourd'hui et bien les messages qui sont donnés, par exemple qui donnent l'impression que « le tri se simplifie, désormais tous les emballages et papiers se trient », ça donne l'impression au consommateur en fait que effectivement on peut continuer à consommer autant de plastique qu'on veut. Derrière, il y a des gens, on sait pas trop ce qui se passe mais c'est géré. Voilà, l'information aujourd'hui que je vous donne, c'est que si vous ne le saviez pas, c'est que cette gestion des déchets, elle est catastrophique et que majoritairement en fait, il faut considérer que nos déchets sont enfouis ou brûlés ou finissent dans l'environnement. Donc aujourd'hui, on considère que il y a moins de 9 % des plastiques qui sont recyclés. Donc ça veut dire que ben il y a 90, plus de 90 % de nos déchets qui sont incinérés ou enfouis, souvent envoyés dans des pays étrangers. Ça c'est à peu près le cas pour la moitié de nos déchets en France qui finissent pas dans les usines de recyclage françaises mais qui vont aller faire des montagnes de déchets aux Philippines, au Vietnam, en Inde etc. Donc comme on fait avec d'autres déchets, classiquement. Et puis il y a une mauvaise information aussi, c'est sur la façon de dire qu'on fait du recyclage. Le recyclage pour le plastique n'existe pas. Par exemple, quand je vais dire que j'ai une bouteille en plastique que je… donc c'est à peu près les seules choses qu'on sait recycler aujourd'hui parce qu'elles sont toutes faites avec le même polymère, le polyéthylène terephtalate. Je prends une bouteille en plastique, elle passe dans l'usine de recyclage. Ses propriétés mécaniques ne peuvent, ne lui permettent pas de refaire une bouteille en plastique. On va mettre à peu près entre 6 et 10 % de ce matériel recyclé pour ensuite refaire une bouteille en ajoutant 90 % de de matière vierge. Et la plupart du temps, le plastique qui est recyclé va perdre en qualité. Donc à partir d'une bouteille en plastique, on va souvent faire du mobilier en plastique. Et c'est ce qu'on appelle le downcycling, c'est-à-dire qu'on baisse en qualité et… on baisse en qualité. Et on… ce qu'on fait en fait dans le recyclage, c'est que on a dépensé énormément d'argent pour finalement allonger un tout petit peu la durée de vie des plastiques.

Le plastique biodégradable

Alors après, il y a d'autres solutions qui sont proposées. C'est dire "bon est-ce que les scientifiques ne pourraient pas nous pondre un nouvel, des nouvelles façons en fait, des nouveaux plastiques qui seraient ceux-là moins dangereux pour l'environnement ?". Donc a été inventé en fait les plastiques biodégradables. Aujourd'hui, là je vous montre un article scientifique qui a été publié il y a quelques années, qui montrait en fait que si je prends des plastiques biodégradables, donc des compostables, des oxodégradables, différents types de de plastique biodégradables et que je les laisse pendant 3 ans dans l'air, dans l'eau, dans du sol, et bien je me rends compte en fait que effectivement ils sont un peu sales mais leurs propriétés mécaniques n'ont pas été changées, alors que ces plastiques auraient dû complètement disparaître d'après les normes actuelles. Et le problème majeur en fait de ces plastiques biodégradables, c'est que ils n'ont pas résolu le problème de la toxicité. En fait, il faut entendre par plastique biodégradable plutôt polymère biodégradable. On remplace le polyéthylène, le polystyrène ou le polypropylène par un polymère qui lui va se plus dégrader mais qui va se dégrader très vite, qui va faire beaucoup de microplastique et qui va rejeter d'autant plus les additifs chimiques. Et aujourd'hui en fait, on a de plus en plus de littérature scientifique qui indique que la toxicité des plastiques biodégradables est plus grande finalement dans un temps réduit par rapport à un plastique conventionnel. Donc aujourd'hui en fait le leurre du plastique biodégradable est également tombé. Les scientifiques n'arrivent pas à créer soudainement un super plastique qui se dégraderait très très rapidement. Puis s'il se dégrade trop vite, il a pas l'usage du plastique. Donc aujourd'hui, en fait, il faut se méfier vraiment de ces alternatives, du biodégradable. Un plastique compostable, par exemple, ne se dégrade que dans un compost industriel à plus de 50°. Si je mets le même plastique dans l'environnement, il ne se dégradera pas.

La consigne

Alors, il y a d'autres alternatives. La question aujourd'hui se pose de la consigne. Par exemple, j'ai pris l'exemple du yaourt. Donc le pot de yaourt, c'est quelque chose qui… c'est le dessert favori des Français. Le problème de ce pot de yaourt, c'est qu'il est fait en polystyrène la plupart du temps. Et ce polystyrène en fait il relargue du styrène, donc le monomère de styrène, qui lui est démontré comme toxique. Les additifs à l'intérieur sont pas très bien connus, donc ça manque de transparence. Et puis quel que soit le type de de pot de yaourt qui est vendu, en fait c'est un mélange de polystyrène sur la colle qui sert au marquage de la publicité dessus. C'est du polyéthylène glycol. Ensuite, on a une étiquette qui est en papier avec de l'encre avec du polypropylène et au-dessus on a de l'aluminium. Vous voyez que pour tous les comp… pour tous les… la plupart, la majorité en fait des produits qu'on met sur le commerce, sont composés de plein de plastiques différents qui empêchent leur recyclabilité.

Évidemment, on se pose la question d'une alternative à ça et bien la même marque propose en Allemagne la consigne de ces pots et ça fonctionne très bien. Et donc voilà une image de de ce qu'on pourrait faire en fait si on pouvait si on voulait un par un en fait voir nos produits et voir comment on pourrait les améliorer. Donc des alternatives par du verre sont envisagées. Maintenant, il faut savoir que le verre dans sa construction en fait demande beaucoup d'énergie. Mais si on fait le bilan global de l'utilisation de ce verre qui va, qui peut durer pendant des centaines d'années, on a beaucoup plus intérêt à faire du verre que de faire du plastique.

Réduire la production de plastique

Alors maintenant la coalition scientifique internationale et la plupart des scientifiques s'accordent sur la seule solution pour réduire la pollution, c'est réduire la production de plastique. En fait, on a fait… il y a un lien direct entre la production de plastique et la pollution. Donc la seule solution en fait, c'est de réduire. Ca va pas être d'améliorer la collecte ou d'améliorer le recyclage puisque on voit en fait que dans les 10 dernières années, pardon dans les 15 dernières années, on a multiplié par deux la production de plastique. Donc si aujourd'hui je réduis de 50 % j'arrive simplement aux années 2015 d'accord ? Dont je sais déjà qu'ils avaient un impact énorme sur l'environnement. Donc aujourd'hui en fait, on demande dans ce traité mondial d'aller vers une réduction du plastique, mais d'aller vers une réduction du plastique qui est vraiment ambitieuse, qui serait supérieure à 70 ou 80 %. Donc là, évidemment, vous vous rendez compte que ça fait grincer des dents tous les producteurs de pétrole, qui font face par ailleurs à d'autres problèmes de l'énergie avec la montée des moteurs électriques. Et aujourd'hui en fait, les scientifiques s'accordent et il y a 100 comme je vous le disais, plus d'une centaine de… 130 pays en fait qui ont suivi cette coalition de haute ambition, qui sont convaincus en fait qu'il faut absolument réduire la production de plastique. Alors que comme je vous l'ai dit tout à l'heure parmi les polluants les plus… les plastiques les plus retrouvés dans l'environnement c'est les plastiques d'emballage et les plastiques à usage unique. Donc c'est ceux qui sont plus… qui polluent le plus. Faut savoir en fait que la production des emballages, ça représente 40 % de la production mondiale de plastique. Donc déjà il est prévu avec la loi AGEC en Europe qu'on a en France, et une autre loi en Europe, que on arrête les emballages d'ici 2040. Ca veut dire que déjà on enlèvera 40 % du problème, et ensuite viendra la question de l'essentialité dont on va parler tout de suite.

Comment faire ? Trois aspects du traité

Donc comment réduire en fait cette pollution de plastique ? Simplement par un principe simple qui a été utilisé il y a quelques années, peut-être certains d'entre vous s'en souviennent, lorsqu'on avait un problème avec la couche d'ozone et qu'on s'est rendu compte en fait que dans les bombes de aérosol, on avait des molécules à l'intérieur qui n'étaient pas nécessaires. Et grâce à cette règle d'essentialité, on a réussi à sauver le trou de l'ozone, en interdisant en fait ces molécules qui n'étaient pas essentielles dans la production de ces aérosols. Le même principe est mis sur la table de sorte que on se pose la question de savoir si c'est vraiment obligé, par exemple sur cette photo, d'avoir des concombres bio qui sont emballés ou des concombres remplis de pesticides. La question se pose de savoir comment on va modifier notre façon d'utiliser. Est-ce qu'on a vraiment besoin de tous ces emballages ? Est-ce qu'on a vraiment besoin en fait d'avoir emballé et suremballé nos produits et comment y remédier en fait ? Donc on est capables, donc on a fait ce travail-là par secteur, de dire ce qui était essentiel de pas essentiel et de faire attention en fait à la toxicité des produits. Donc aujourd'hui la réduction elle est envisageable. Il y a plein de scénarios qui sont mis sur la table notamment même, on a fait une conférence la semaine dernière sur le « comment réduire les plastiques dans la santé » et il y a beaucoup d'idées en fait pour réduire les plastiques dans la santé parce qu'on s'est rendu compte que le plastique était vraiment également toxique dans le milieu médical et donc il va falloir trouver une solution.

L'autre… donc le pilier fort en fait de de ce traité mondial c'est la réduction. Le deuxième pilier, c'est la transparence et la réduction des additifs chimiques. Donc je vous ai mis ici une partie de la blacklist, donc de la liste des produits que nous souhaiterions voir interdire dans les plastiques. Et aujourd'hui, cette blacklist a été assez bien validée.

Un troisième aspect, c'est la responsabilité élargie des producteurs. Qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que on est capable maintenant de cibler pour comme vous le voyez ici différentes marques. Donc les premiers polluants, ça va être les canettes, les bouteilles en plastique de Coca-Cola. On retrouve beaucoup de… beaucoup de… comment on appelle ça ? De producteurs de l'alimentaire, du plastique dans l'alimentaire. Puis ensuite, on trouve la cosmétique. Puis ensuite, on trouve les informatiques, puis ensuite, on trouve les vêtements. Et on se rend compte que plus on produit ces produits, plus on les retrouve dans l'environnement. Donc il y a un lien direct. Donc aujourd'hui, on est capable de montrer en fait du doigt certaines sociétés qui sont pas forcément directement responsables de la pollution. Mais en tout cas sur le terrain, on voit que leurs produits finalement ne sont pas bien collectés. Sachant en fait que les plastiques sont responsables de maladies par exemple, qui paye pour les dégâts au niveau sanitaire de ces produits qui sont mis sur le marché ? Aujourd'hui, c'est nos impôts. Donc est-ce que ça serait pas logique en fait que ça soit les producteurs de plastique eux-mêmes qui en plus d'aller vers ces objectifs d'essentialité et de réduction et de non toxicité, et bien si leurs produits arrivent dans l'environnement, ça sera assez logique en fait qu'il y a une responsabilité élargie des producteurs. Donc ça c'est quelque chose qui est mis sur la table, qui je vous avoue n'est pas le plus évident à faire comprendre mais qui, en tout cas dans la littérature scientifique, a également été cité comme étant un des scénarios possibles pour limiter la pollution. Voilà. Donc vous avez compris en fait que on avait un système où aujourd'hui on décycle, alors là j'ai mis 20 % parce que je mets dans le décyclage tout ce qu'on… une partie du tri qui est incinéré mais en réalité la majorité va être incinérée et enfouie. Il faut passer aujourd'hui à ce qu'on appelle la transition plastique, c'est-à-dire aller vers une réduction majeure de la production et aussi de notre consommation. Et puis en tout petit petit en fait, d'autres solutions qui ne doivent pas être complètement éliminées.

Le décyclage, et on a parlé des plastiques biodégradables également, ça veut pas dire qu'il faut tout jeter mais la solution majeure évidemment ça va être la réduction.