C'est quoi la désinformation ?

Site: Moodle UVED
Cours: Dispositif de sensibilisation des personnels
Livre: C'est quoi la désinformation ?
Imprimé par: Visiteur anonyme
Date: vendredi 18 septembre 2026, 20:15

Description

1. C'est quoi la désinformation ?

Dès lors que la science permet d’établir la dangerosité de certaines pratiques ou produits pour la santé ou l’environnement, les intérêts particuliers qui jusqu’alors tiraient profit de ces filières, s’organisent pour contre-attaquer de diverses manières. En complément d’un lobbying direct auprès des décideurs pour empêcher ou limiter la régulation, les éléments de langage préparés sont également délivrés plus largement pour influer sur l’opinion et peser dans le débat public. Ces techniques de désinformation sont multiples mais on les retrouve utilisées sur de très nombreuses problématiques et documentées par des scientifiques et des ONG.

Graphique sur la désinformation climatique circulant en ligne

Source : Statista, traduction UVED, licence CC-BY-SA

1.1. La fabrique du doute, une mécanique bien rodée

La fabrique du doute n’est pas nouvelle. Comme analysé par les historiens des sciences Oreskes et Conway, cette stratégie de grande ampleur a d’abord été mise en œuvre massivement par l’industrie du tabac pour retarder l’action politique, notamment en finançant des campagnes de désinformation sur sa toxicité ou en inversant les responsabilités dans la dépendance au tabac. Ces manœuvres ont ensuite été reprises par différents groupes d’intérêts (pesticides et agrochimie, industries liées aux énergies fossiles, constructeurs automobiles…), facilitées par des think tanks et de grosses agences de relations publiques. 

Des stratégies organisées et répétées
  • Faire intervenir des pseudo-experts ou des think tanks financés par des groupes d'intérêts (comme le Heartland Institute ou le Competitive Enterprise Institute aux USA)
  • Créer de faux groupes indépendants (front groups) ou de fausses mobilisations citoyennes (astroturfing)
  • Exagérer les incertitudes
  • Focaliser la communication sur les difficultés de mise en œuvre ou les faiblesses des solutions, sans les mettre en perspective du risque évité
  • Survendre les solutions technologiques de dépollution
  • Pratiquer le green washing, visant à faire passer les pollueurs pour des philanthropes
  • Déplacer la responsabilité vers les individus quand les changements nécessaires sont systémiques
  • Détourner l’attention vers d’autres problèmes
  • Organiser des campagnes de dénigrement contre des scientifiques ou les organismes d’évaluation des connaissances scientifiques, leur prêtant des intentions politiques ou remettant en cause leur expertise.

Rappelons enfin, qu’au-delà de ces techniques massives pour influer sur l’opinion, localement, de nombreux acteurs (militants, scientifiques, journalistes...) tentant de protéger l’environnement font l’objet de menaces et d’intimidation. Des dizaines d’entre eux sont éliminés chaque année avec un tribut particulièrement élevé payé par les peuples autochtones, notamment en Amérique Latine, comme documenté par l’ONG Global Witness.

1.2. Vecteurs de désinformation environnementale

Mettre en évidence ces pratiques requiert de suivre les flux financiers et la propagation des discours.

Le think-tank britannique InfluenceMap, qui analyse la manière dont les entreprises et institutions financières impactent les crises de la biodiversité et du climat, évaluait en 2022 à plus de 750 millions de dollars par an la dépense de communication des cinq plus grosses firmes de l’industrie des énergies fossiles (BP, Shell, Chevron, ExxonMobil et TotalEnergies) pour 

  • mettre en avant leurs efforts environnementaux : 60% des messages
  • promouvoir les énergies carbonées : 23% des messages

tandis que seulement 12% de leur investissement visaient des projets bas-carbone. Pour comparaison, en 2024 la totalité des contributions directes des États au budget du GIEC depuis sa création en 1988 s’établissait à 250 millions de dollars.

Ces stratégies du délai fonctionnent très bien et on retrouve régulièrement certains éléments de langage préfabriqués dans les discours politiques, mais aussi au sein de la population de manière générale, même chez les personnes qui n’ont pas d’arrière-pensée anti-écologie. Certains médias peuvent servir de vecteurs complaisants ou proactifs dans la diffusion de ces discours. Le débat démocratique sur ces questions socialement vives est donc en partie biaisé. Les réseaux sociaux jouent aujourd’hui un rôle essentiel dans la propagation de ces discours et plus directement dans la désinformation autour de ces sujets. En conséquence, les systèmes de modération de ces réseaux sociaux et individus, ou organismes de recherche visant à documenter la désinformation sur ces réseaux sont aujourd’hui attaqués directement par des groupuscules puissants ayant leur relais dans des médias classiques, comme le montrent les travaux de David Chavalarias.

Une étude menée par les ONG Fundación Maldita.es et AI Forensics ont montré, suite aux inondations de Valence à l’automne 2024, l’incapacité des plateformes Tiktok et Youtube à éliminer les contenus de désinformation et de mésinformation même un an après la catastrophe.

1.3. Comment sont construits ces discours ? Le rôle des freins

Ceux qui fabriquent des contre-discours jouent sur nos freins naturels face aux changements et permettent à chacun de trouver des arguments en faveur d’un délai adapté à sa propre sensibilité. De manière générale, les discours se sont déplacés dans la société : 

  • Négation de la dégradation environnementale (notamment du réchauffement climatique) sous l’effet des activité humaines,
  • Puis remise en cause de sa gravité, 
  • Et plus récemment, vers différentes tactiques de diversion portant sur les éléments nécessaires aux transitions écologiques (mix énergétique avec des énergies renouvelables, sortie des énergies fossiles, restriction d’usage de pesticides, zéro artificialisation nette, zones protégées, électrification des mobilités, réduction des protéines animales dans l’alimentation…). 

Ce déplacement des discours s’est effectué au fur et à mesure d’une meilleure appropriation de la gravité des enjeux par la population. 

Une partie de ces discours mise sur nos freins individuels ou psychologiques face aux transitions qui sont documentées dans la littérature scientifique et recensées par le GIEC (Groupe Intergouvernemental d’Experts sur l’évolution du Climat) et l’IPBES (Plateforme Intergouvernementale Scientifique et Politique sur la Biodiversité et les Services Écosystémiques). 

Freins individuels ou psychologiques 
  • le manque de compréhension des conséquences du changement climatique et de leur gravité, notamment à long terme ;
  • la déconnexion voire le rapport de domination entre Hommes et nature ;
  • la résistance aux changements (l’attachement à nos habitudes et la crainte d’une perte dans ces changements) ;
  • le sentiment d’impuissance individuelle ou la faible compréhension des liens de causes à effets entre nos modes de vie et la perte de biodiversité ou le changement climatique ;  
  • la mise en question de la capacité des institutions à proposer des solutions pertinentes ;
  • la priorité donnée à des enjeux immédiats de subsistance en regard d’enjeux perçus comme lointains ;
  • l’équité (ou sa perception) joue également un rôle important dans l’acceptabilité des mesures.
Freins sociaux et culturels 
  • les normes et la pression du groupe, qui découragent d’adopter un comportement vertueux ;
  • la crainte d’une perte d’identité culturelle associée à certains métiers ou pratiques ;
  • l’existence de valeurs dominantes favorisant l’individualisme au détriment du collectif, le matérialisme et la croissance économique, les systèmes occidentaux technoscientifiques au détriment d’autres visions de la nature. 
Autres freins
  • des freins économiques, à l’effet de verrouillages induits par les choix passés,
  • des freins techniques ou institutionnels

Les transitions environnementales peuvent donc être perçues comme des stress qui viennent s’ajouter aux autres tensions résultant des changements sociétaux rapides auxquels nous faisons face (changements culturels, digitalisation, etc.). Les mécanismes psychologiques que ces stress déclenchent (déni, résistances diverses) sont autant de leviers pour des discours démagogiques même s’il est essentiel d’avoir en tête que ces mécanismes sont au départ des moyens sains que nous avons de nous protéger et que les préoccupations d’équité sont totalement légitimes.

1.4. Désinformation : des messages adaptés à chacun et qui évoluent avec les enjeux

Il existe par ailleurs des acteurs qui travaillent de manière acharnée à la désinformation sur ces sujets avec des moyens qui sont disproportionnés par rapport aux moyens dont disposent les scientifiques pour informer sur ces sujets. Il est donc tout aussi important d’enseigner comment se forment et se propagent les discours que les mécanismes de ces crises elles-mêmes.

Depuis quelques années, des ONGs (QuotaClimat, DataforGood, Science Feedback) suivent la situation de la désinformation climatique dans les médias en France.

A partir des éléments de langage, ces ONG ont remonté à l’origine de ces désinformations et ont ainsi pu montrer les liens de celles-ci avec les secteurs très émetteurs de gaz à effet de serre (énergies fossiles, automobile, agriculture) ou l’extrême droite, mais également des ingérences étrangères. Ils identifient certains facteurs structurels aggravants : la fragilisation du journalisme, ainsi que le manque d’expertise des journalistes concernant les enjeux environnementaux.

Lutter contre la désinformation requiert de former :

  • au fondement des crises environnementales 
  • aux méthodes scientifiques qui permettent d’objectiver nos décisions
  • aux mécanismes de désinformation.

Les arguments de désinformation eux-mêmes évoluent

  • d’une part avec le niveau de compréhension de la population. Le déni pur et simple de la crise climatique a peu à peu évolué en un déni de l’attribution aux activités humaines et est maintenant supplanté par un discours du délai visant à freiner l’action. 
  • d'autre part, ses éléments de langage évoluent au gré des législations, qu’ils visent à ralentir.



Principaux narratifs de désinformation

Source : QuotaClimat

Ce type d’analyse permet de se familiariser avec la subtilité des arguments employés pour freiner la transition.

2. Ressources complémentaires

Bibliographie
Rapports
Sites pour aider à repérer les schémas de désinformation

3. Crédits

Cette leçon fait partie du dispositif de sensibilisation et de formation des personnels et des enseignants de l'ESR aux enjeux TEDS, produit et coordonné par la Fondation UVED et soutenu par le ministère de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace.

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Première édition :  mars 2026