La mise en relation des savoirs

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Cours: Dispositif de formation des enseignants
Livre: La mise en relation des savoirs
Imprimé par: Visiteur anonyme
Date: vendredi 18 septembre 2026, 20:22

Description

1. Mise en relation ou carte des savoirs

Les savoirs se construisent à partir

  • d’observations,
  • de modélisation,
  • d'expérimentation,
  • du dialogue des interprétations,
  • de logiques inductive et déductive conduisant à des théories.

Leurs objectifs sont d’accroître la connaissance et d’aider les actions humaines, individuelles et collectives, en les éclairant et justifiant, analysant et critiquant.

Ces savoirs sont considérés d’autant plus robustes qu’ils résultent de démarches scientifiques, ou validations des méthodes précédentes par les experts du domaine de connaissance.

1.1. Trois blocs de savoirs fondamentaux

Les savoirs fondamentaux ont comme finalité la connaissance pure, indépendante de toute action. Leurs défi et éthique sont de penser contre soi, les aprioris et dogmes (religieux et politiques), afin de gagner en éternité et universalité. Néanmoins, ils dépendent et sont exposés aux expériences humaines et aux techniques disponibles.

Face à ces défis de réflexivité, aux contraintes et pressions, on peut distinguer trois ensembles, selon leurs épistémiques, ou modes d’objectivation des connaissances, de justification, validation des connaissances et rationalisation, et la manière dont ils éclairent les humains à l’ère de l’anthropocène.

Les sciences environnementales (écologie et sciences de l’évolution, humanités environnementales)
  • sont centrées sur les relations entre les êtres vivants (humains y compris) et leur milieu physico-chimique et social, 
  • sont au cœur des défis scientifiques de l’anthropocène
  • définissent la crise écologique, sa gravité, l’urgence à y répondre, la qualité des réponses proposées à l’aune des propriétés de la nature, des humains et des sociétés, des relations entre les humains et la nature.
  • analysent les rétroactions entre les techniques, les organisations collectives humaines et la nature (vivante et non vivante), donc les potentialités des propositions de transition écologique, mobilisant les savoirs des deux autres blocs suivants de savoirs fondamentaux.
Les sciences dites de la nature (astronomie et géologie, physique, chimie, biologie)

Elles questionnent cette dernière par diverses approches : observationnelles, expérimentales, etc. La puissance des méthodes et techniques, sur des sujets précisément définis, facilitent les approches déductives. Les propriétés de la nature révélées sont sources potentielles de nouvelles techniques et pratiques matérielles, ces dernières interpelant leur neutralité.

Les sciences humaines et sociales

Elles comprennent une grande diversité de disciplines : droit, philosophie, philologie, anthropologie, histoire, sociologie, sciences économiques et politiques. Celles-ci examinent la diversité humaine, la diversité des aspirations et des valeurs, éthiques et morales, les organisations des collectifs humains, notamment face à la nature. Leurs analyses sont sources de politiques publiques, stratégies d’entreprises, initiatives citoyennes, modes de déploiement des techniques, la réflexivité des analyses face aux intérêts et valeurs mobilisés étant un défi fondateur.

1.2. Pratiques et savoirs d’action : relations avec les sciences appliquées et fondamentales

Savoirs d'action
Savoirs fondamentaux + Savoirs pratiques

Ils sont nécessaires pour l'action 

  • humaine et matérielle
  • sociale et mentale
  • individuelle et collective

Savoirs d'action

  • Empiriques
  • Adaptés à un contexte particulier
  • Interpellent et alimentent les savoirs fondamentaux
    • ex : les développements techniques...
  • Mobilisent des techniques et pratiques humaines tenant compte de certaines propriétés de la nature

Savoirs fondamentaux

  • Exigeants en théories explicatives
  • Plus susceptibles d'universalité et d'éternité
  • Interpelés et alimentés par les savoirs d'action
    • ... changent les modes de questionnement
  • Fortement marqués par le dualisme nature-culture

Ces rétroactions entre ces deux types de savoirs bousculent une conception linéaire ou unidirectionnelle des savoirs, selon laquelle les savoirs fondamentaux seraient la source des savoirs d’action.

Ces savoirs d’action sont qualifiés de :

  • techniques,
  • locaux,
  • vernaculaires,
  • autochtones,
  • savoirs être. 

Ils peuvent être: 

  • individuels,
  • communautaires,
  • spécialisés,
  • organisationnels
  • ou encore holistiques.
Les "sciences régulatrices"

Les développements des savoirs d'action sont en conséquence institutionnalisés et régulés, objets de relations de pouvoir, comme le souligne le cas des ‘sciences régulatrices’. Les savoirs techniques sont institutionnalisés de longue date, organisés et régulés par des corporations, des instituts publics et privés, mixtes, associés aux sciences dites appliquées : de l’ingénieure, de la gestion, de l’éducation (évaluatives et pédagogiques) ou de l’information, médicales, ou agronomiques, ‘sciences régulatrices’.

Les sciences citoyennes

Aussi, l’influence de différentes parties prenantes (État, secteur privé, société civile), à travers les moyens techniques, financiers, organisationnels mis à disposition de telle priorité cognitive, d’action, sont l’objet de préoccupations croissantes. Face à ces jeux d’influence, les sciences citoyennes ont l’ambition d’accorder un poids plus important à la société civile, dans les décisions des recherches à stimuler. Elles sont à l’écoute des préoccupations citoyennes restées orphelines (c'est à dire ignorées par les institutions développant les savoirs d’action), de parties prenantes éloignées des lieux de construction des savoirs d’action, de pouvoirs. Ces sciences citoyennes favorisent ainsi la justice épistémique (ou représentations équitables des parties prenantes et de leurs savoirs d’action) ; et seraient ainsi susceptibles de construire des sphères de confiance envers les méthodes scientifiques pour de nouveaux publics.

L’ingénierie des connaissances et l’IA générative, par leurs promesses de générer de nouvelles connaissances grâce au numérique, posent de nouveaux défis à cette vigilance citoyenne :

  • examen critique des algorithmes qui les régissent
  • appropriation de ces outils

créant de nouvelles stratégies de développement de savoirs d’action citoyens s’appuyant sur ces béquilles numériques.

1.3. Les sciences de la durabilité : combiner savoirs fondamentaux et d’action

Les sciences de la durabilité, de la transition écologique, composent l’ensemble des savoirs précédents, fondamentaux et opérationnels, dans l’objectif de réduire les impacts écologiques des humains.

Elles doivent mettre en relation et rétractions

  • les systèmes écologiques économiques et financiers,
  • les systèmes techniques et politiques,
  • les systèmes de valeurs.

Elles construisent ainsi des sciences hybrides : économie, écologie, humanités environnementales, sociologie et psychologie de l’environnement. Les sciences de la santé (médicales, vétérinaires et phyto-pathologiques) sont un exemple de diversité des savoirs à combiner, inspirant le développement de ces savoirs hybrides.

Les enjeux opérationnels des sciences de la durabilité (réussir les transformations écologiques à l’échelle planétaire et des États, étendre et approfondir les expériences réussies) exigent qu’elles gagnent en généricité. Il faudrait pour cela qu'elles développent un nouveau bloc de savoir fondamental qui serait la convergence des trois blocs de savoirs fondamentaux précédents, se développant autour de concepts à même de relier différents savoirs, de les mettre en synergie, tels que socio-écosystèmes, archétypes, changement transformateur ou nexus environnemental. Les relations à la nature, ses complexités et inconnues, sont un enjeu majeur dans le développement de ces concepts. Certaines propriétés de la nature sont en effet ignorées dans les techniques et pratiques humaines, causes de la crise écologique.

Un défi associé est de devoir ignorer la condition d’équilibre de la nature et des sociétés, se placer en phase de changement de régime, métaphysique, politique et socio-économique, écologique. Elles doivent en conséquence affronter une certaine obsolescence de savoirs ajustés au régime précédent de la modernité, lui-même en cours de profonde transformation.

En conséquence, ces sciences remettent en cause les relations de pouvoirs au sein des sciences appliquées, devant conduire à des innovations dites conviviales, prenant plus en compte les préoccupations citoyennes. De manière générale, ces sciences devraient modifier profondément la dynamique et la logique de développement des savoirs fondamentaux et d’action, ainsi que leurs propositions techniques ou sociales.

1.4. Schéma

Le schéma ci-dessous explicite les relations et influences entre les différents "blocs" de savoirs : en faisant glisser le curseur vers la droite, les relations et influences entre les blocs apparaissent. 

2. Ressources complémentaires

  • Assmuth, T., Chen, X., Degeling, C., Haahtela, T., Irvine, K. N., Keune, H., ... & Vikström, S. (2020). Integrative concepts and practices of health in transdisciplinary social ecology. Socio-Ecological Practice Research, 2(1), 71-90.
  • Bedessem, B., & Ruphy, S. (2020). Citizen science and scientific objectivity: Mapping out epistemic risks and benefits. Perspectives on Science, 28(5), 630-654.
  • Cartwright, N. Evidence-based policy: what’s to be done about relevance ? Philos Stud 143, 127–136 (2009)
  • Douglas, H. (2004). The irreducible complexity of objectivity. Synthese, 138(3), 453-473.
  • Jasanoff, S. (2011). The practices of objectivity in regulatory science. Social knowledge in the making, 307, 312-17.
  • Karsenti, B. 2013. D'une philosophie à l'autre. Les sciences sociales et la politique des modernes. Paris, Gallimard
  • Loconto, A., Desquilbet, M., Moreau, T., Couvet, D., & Dorin, B. (2020). The land sparing–land sharing controversy: Tracing the politics of knowledge. Land use policy, 96, 103610.
  • Pielke Jr, R. A. (2007). The honest broker: Making sense of science in policy and politics. Cambridge University Press
  • Rigolot, C. (2020). Transdisciplinarity as a discipline and a way of being: complementarities and creative tensions. Humanities and social sciences communications, 7(1), 1-5.
  • Robra, B., Pazaitis, A., Giotitsas, C., Pansera, M., 2023. From creative destruction to convivial innovation - a post-growth perspective. Technovation 125, 102760.

3. Crédits

Cette leçon fait partie du dispositif de sensibilisation et de formation des personnels et des enseignants de l'ESR aux enjeux TEDS, produit et coordonné par la Fondation UVED et soutenu par le ministère de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace.

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Première édition :  mars 2026