Changement climatique et inégalités économiques : une typologie

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Cours: Les modes d'action
Livre: Changement climatique et inégalités économiques : une typologie
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Date: vendredi 11 septembre 2026, 00:57

Description

1. A propos du contenu

Acquis d'apprentissage

  • Comprendre les liens entre changement climatique, inégalités économiques et justice sociale
  • Caractériser les inégalités d’émissions de gaz à effet de serre entre ménages et entre États
  • Expliquer les effets attendus du changement climatique sur les inégalités économiques
  • Décrire les risques associés à des politiques climatiques qui ignoreraient la question des inégalités économiques

Durée de la séquence

  • 20 min

2. Changement climatique et inégalités économiques

Depuis la fin des années 1980, les inégalités mondiales reculent (Lakner and Milanovic, 2013). Cette tendance est cependant en passe d’être inversée par les effets du changement climatique, si l’objectif fixé par l’Accord de Paris d’une limitation du réchauffement à 1.5°C par rapport au niveau préindustriel n’est pas tenu.

Le problème est ardu, car inégalités et changement climatique sont étroitement liés, ceci à trois niveaux :

  • inégalités écologiques (qui est responsable des émissions de gaz à effet de serre ?)
  • inégalités environnementales (qui est touché par les impacts du changement climatique ?)
  • inégalités induites par les politiques climatiques (qui paye pour les efforts d’atténuation ?)

2.1. Inégalités écologiques : qui est responsable des émissions ?

Tout le monde ne contribue pas à la même hauteur aux émissions de gaz à effet de serre. Celles-ci sont principalement liées à la richesse. Les pays les plus riches contribuent ainsi de façon disproportionnée au changement climatique.

Graphique présentant 4 exemples d'empreinte carbone par habitant : Etats-Unis, Chine, France, Inde

Mais les inégalités d’émissions ne sont pas seulement une question d’opposition entre pays riches et pays pauvres. On trouve

  • de grands émetteurs dans les pays à faible revenu
  • de faibles émetteurs dans les pays à haut revenu.

En France, les 10% les plus riches sont responsables de près de trois fois plus d’émissions par personne et par an que les 10% les plus pauvres (Malliet, 2020).

Enfin, les inégalités d’émissions ne sont pas que le reflet des inégalités de revenu. Si les émissions des ménages augmentent avec le revenu, il existe aussi une grande variabilité due

  • aux facteurs géographiques,
  • aux facteurs sociodémographiques,
  • aux facteurs techniques,

qui maintiennent les ménages dans une dépendance aux fossiles, au moins à court-terme. Les trajets domicile-travail ou le chauffage en sont un exemple. 

Empreinte carbone des ménages français par décile de revenu (D1 : le plus pauvre, D10 : le plus riche) selon la localisation

Empreinte carbone des ménages français par décile de revenu (D1 : décile le plus pauvre, D10 : décile le plus riche) en fonction de la localisation (urbains, suburbains, ruraux). Adapté de (Pottier et al., 2021). 

  • Pour un même décile de revenu, les ménages urbains ont toujours une empreinte carbone moyenne plus faible.
  • Pour le décile de plus haut revenu, les ménages localisés en périphérie des grandes villes ont toujours une empreinte carbone plus élevée.

L’analyse de ces différences permet d’identifier les possibles gagnants et perdants de la mise en place d’une fiscalité carbone, et de concevoir des politiques acceptables. 

2.2. Inégalités environnementales : qui est touché par les impacts du changement climatique ?

Ces émissions, qu’elles proviennent du tourisme ou de l’agriculture, d’Europe ou d’Inde, s’accumulent dans l’atmosphère, réchauffent la planète et génèrent des dommages climatiques :

  • perte de patrimoine naturel,
  • dégradation d’écosystèmes souvent vitaux pour l’humanité,
  • extinction d’espèces,
  • mortalité accrue due aux vagues de chaleur, etc.

Ces dommages aggravent les inégalités existantes. Au sein d’un pays par exemple, les évènements climatiques extrêmes (inondations, cyclones, etc.), dont la fréquence et la sévérité augmentera avec le réchauffement climatique (IPCC, 2022), touchent plus les pauvres, qui vivent le plus souvent dans des zones à risque et aux infrastructures inadaptées. Les plus pauvres sont aussi ceux qui s’en relèveront le plus difficilement, car souvent peu assurés contre les risques climatiques.

Le changement climatique aggrave aussi les inégalités mondiales, car les impacts les plus dévastateurs sont attendus dans les pays pauvres où les populations sont

  • vulnérables (concentration sur les côtes, déficit en infrastructures)
  • peu à même de s’adapter (contraintes de financement, institutions défaillantes)

Cette plus grande vulnérabilité est aussi liée à la place importante du secteur agricole dans l’économie de ces pays.

Une revue systématique de la littérature économique montre que le changement climatique augmente les inégalités économiques et touche les populations pauvres de manière disproportionnée au niveau mondial et au sein des pays, cela

  • sur tous les continents,
  • pour tous les types d’impacts physiques (dont la température, les précipitations, les évènements extrêmes),
  • et dans tous les secteurs économiques

Nombre d’études du corpus (sur un total de 127 articles), par pays, dans lesquelles les résultats montrent un effet régressif

Nombre d’études du corpus (sur un total de 127 articles), par pays, dans lesquelles les résultats montrent un effet régressif, i.e., que le changement climatique augmente les inégalités économiques ou que les populations pauvres sont les plus touchées. Pour les pays coloriés en blanc, le corpus comporte une seule étude qui indique un effet régressif du changement climatique. Pour les pays coloriés en gris, aucune étude du corpus n’indique d’effet régressif. Adapté de Méjean et al. (2024) 

Enfin, une étude systématique des scénarios futurs possibles d’évolution de l’économie mondiale montre que des dommages climatiques sévères inverseraient à moyen terme la tendance actuelle de réduction des inégalités mondiales (Taconet, Méjean et Guivarch, 2020). La mise en place de politiques environnementales est donc indispensable pour limiter la montée des inégalités.

2.3. Inégalités induites par les politiques climatiques : qui paye pour les efforts d’atténuation ?

Alors, comment concevoir des politiques qui réduisent les émissions en garantissant une juste répartition des efforts ? 

Il existe 2 éléments clés dans les politiques de réduction des émissions :

  • la suppression des subventions aux énergies fossiles
  • la tarification du carbone (taxe carbone)

Elles dirigent les choix de consommation vers les produits et services les moins polluants.

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Suppression des subventions aux énergies fossiles

A l’échelle mondiale, les économies émergentes ont beaucoup à y perdre à court terme, car elles sont souvent dépendantes des énergies fossiles. Ces économies, quand elles sont

  • dominées par les industries intenses en énergie (acier, aluminium, ciment, etc.) ou
  • dépendantes des revenus des exportations d’énergie fossile,

ne peuvent pas aujourd’hui tenir un objectif immédiat et contraignant de réduction des émissions tout en maintenant leur croissance économique.

Il est indispensable de diversifier l’activité économique, y compris de reconvertir les emplois, pour rendre une telle transition juste, ou simplement possible. En effet, la diminution du nombre d’emplois dans les secteurs fossiles ne sera pas automatiquement compensée par des créations d’emplois à même niveau de qualification et de salaire dans le secteur des énergies renouvelables par exemple, ni forcément localisés dans les mêmes zones géographiques.

Tarification du carbone

Alors même que les inégalités mondiales diminuent, les inégalités au sein des pays progressent. En l’absence d’alternatives peu émettrices, une taxation du carbone augmente les dépenses énergétiques, ce qui touche de façon disproportionnée les plus pauvres, qui consacrent une grande part de leur revenu à l’énergie. Il est donc indispensable d’accompagner une tarification du carbone par des mesures compensatoires ciblées. Dans le cas d’une taxe carbone :

  • une partie des revenus doit être redistribuée directement aux plus pauvres,
  • d'autres taxes doivent être baissées. 

Cela permet d'éviter un renchérissement des prix de l’énergie dans l’économie, qui conduirait à

  • une hausse générale des prix,
  • une perte de compétitivité sur les marchés extérieurs
  • des conséquences sur l’emploi et sur les inégalités.

Pour être socialement acceptables et acceptées, les politiques environnementales doivent être progressives et envisagées dans le cadre d’une réforme fiscale d’ensemble. La transition environnementale n’aura lieu que si la justice sociale est placée au cœur des politiques de lutte contre le changement climatique. Ces politiques doivent donc se mettre au service d’objectifs plus larges de réduction de la pauvreté et des inégalités. 

En 1991 en Suède, une taxe carbone a été introduite. Elle a été accompagnée d’allègements fiscaux, en particulier d’une réduction de l’impôt sur le revenu.

Gilets jaunes devant l'Arc de Triomphe (Paris) le 1 décembre 2018

Photo © Véronique de Viguerie / Getty Images - Tous droits réservés

3. Pour aller plus loin

  • Malliet, P., 2020. L’empreinte carbone des ménages français et les effets redistributifs d’une fiscalité carbone aux frontières (Policy Brief No. 62). OFCE.

Ressources complémentaires

4. Crédits

Cette leçon fait partie du dispositif de formation et de sensibilisation des personnels de l'enseignement supérieur, produit par la Fondation UVED et soutenu par le Ministère de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Espace.

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Première édition :  juin 2026