3. La transcription

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Alors, au-delà des constats et finalement de l'état des lieux, on fait un point rapide sur les causes, les causes du réchauffement climatique et les causes de cette crise de la biodiversité.

Alors sur le réchauffement climatique, finalement le dernier rapport du GIEC est on ne peut plus clair et c'est ce que vous avez ici sur ce graphe, qui a été mis à jour depuis le dernier rapport du GIEC, mais qui vous montre les observations de cette augmentation de température dont on vient de parler (+ 1,2°C pour la dernière décennie) et puis la décomposition de ce réchauffement en fonction des différents facteurs qui font changer le climat.

Et donc dans ces différents facteurs, on va trouver d'abord les facteurs anthropiques, les facteurs réchauffants qui sont liés à l'augmentation des gaz à effet de serre et cette augmentation elle-même liée aux activités humaines, principalement pour le CO2, à la combustion, du pétrole, du gaz et du charbon.

Et puis vous avez en bleu ici d'autres facteurs anthropiques également qui conduisent plutôt à un refroidissement. Et ces autres facteurs anthropiques, c'est les émissions de particules, mais c'est aussi le changement d'utilisation des sols. Cela fait changer la façon dont la surface réfléchit le rayonnement solaire, et ça peut aussi affecter la température globale.

Et puis enfin troisième type de facteur tout à droite, ce sont les facteurs naturels de ce qui est lié à la variabilité climatique naturelle et/ou à d'autres facteurs type éruption volcanique ou variation de l'irradiance solaire. Ce qu'il est intéressant de noter, c'est quand on combine l'ensemble de ces facteurs, on est capable de reproduire ou d'expliquer le réchauffement observé.

Et une conclusion importante du dernier rapport du GIEC, c'est que non seulement l'activité humaine est responsable du changement climatique observé, mais l'activité humaine est responsable de 100 % du réchauffement observé depuis 1850. Vous le voyez ici, les facteurs naturels n'ont qu'un rôle marginal.

Et deuxième conclusion qui me semble aussi très importante du dernier rapport du GIEC, c'est que la plupart des autres modifications du climat dont j'ai parlé, l'augmentation des extrêmes, des extrêmes de température, des extrêmes de précipitation, l'augmentation du niveau des mers, la fonte des glaces, le réchauffement des océans, toutes ces modifications climatiques sont aussi attribuées -avec des niveaux de confiance plus ou moins élevés- aux activités humaines.

Donc d'un point de vue de la crise climatique, l'attribution est très claire, avec ces activités anthropiques et principalement l'augmentation des gaz à effet de serre, celle du CO2 et puis ensuite les autres gaz à effet de serre dont l'homme est responsable de l'augmentation dans l'atmosphère : le méthane, le protoxyde d'azote en particulier. Je passe la parole à Luc pour la crise de la biodiversité.

Sur la crise de la biodiversité, là aussi les causes sont bien identifiées. Il y en a cinq majeures qui ont été répertoriées par l'IPBES, la plateforme internationale sur la biodiversité et les services écosystémiques, qui est une organisation similaire au GIEC qui produit du consensus scientifique sur la question.

Donc la première cause dans le cas de la biodiversité, c'est le changement d'usage des sols et essentiellement un changement qui est lié à la production alimentaire à destination des humains. Alors bien entendu, l'urbanisation, les infrastructures de transport jouent un petit rôle là-dedans, mais c'est essentiellement la question de l'agriculture. Il faut savoir que 49 % des surfaces continentales non couvertes de glace en permanence sont en fait dédiées à la production alimentaire pour les humains. Et si je ramène à 100 % ces 49 %, vous avez 70 % qui est consacré à la production de protéines animales dans des pâturages donc qui couvrent 70 % de ces surfaces agricoles (pâturages qui sont quand même pour l'essentiel des pâturages naturels ou considérés comme semi-naturels).

Ensuite, le deuxième facteur explicatif c'est la modification des milieux, je pense que Laurent va y revenir. La surexploitation également de certains milieux, c'est très clair pour la biodiversité marine au moins en partie.

Et puis le climat pour l'instant n'arrive qu'en troisième position par différents mécanismes qu'on va évoquer tout de suite. Mais évidemment, toutes les projections climatiques laissent penser que le climat pourrait devenir un facteur direct de modification de la biodiversité très prochainement, dans les décennies qui viennent. Aujourd'hui, c'est plutôt considéré comme un facteur aggravant de la crise de la biodiversité, qui est liée essentiellement à l'agriculture.

Et donc ce qu'on ce qu'on voit sur cette figure qui est aussi tirée du dernier rapport de l'IPBES, c'est que ces différents facteurs, leur importance varie en fonction des milieux. C'est ce que disait Luc. On voit par exemple que dans l'océan, le facteur climatique a une importance un peu plus prégnante que dans les milieux terrestres et d'eau douce. On voit aussi dans l'océan l'importance de l'exploitation ou de la surexploitation des ressources marines, qui affectent de façon importante la biodiversité.

Alors : on repart sur le continental. Voilà. Alors, comment le vivant finalement répond-il ou peut-il répondre à ces changements climatiques donc, qui vont devenir de plus en plus forts ?

La première réponse, c'est une réponse darwinienne tout simplement. C'est-à-dire la réponse qui va passer par la sélection naturelle où on va voir apparaître deux nouveaux caractères qui vont conférer une meilleure compatibilité des organismes avec les nouvelles conditions climatiques. Donc ça comme vous le savez, c'est au moment de la reproduction que ça se fait. C'est des mutations au hasard, donc c'est un processus qui est lent. Et donc pour beaucoup d'organismes, en tout cas pour les organismes vertébrés, à partir de ce qu’on sait de la vitesse d'évolution des vertébrés, et bien on considère aujourd'hui que la vitesse du changement climatique en gros est 10000 fois trop rapide par rapport aux possibilités d'évolution. Donc quand je dis évolution là, il s'agit bien de changement en profondeur de caractère, voire d'apparition de caractères nouveaux. Donc il ne va pas falloir trop compter sur cette partie-là de l'évolution pour permettre à la biodiversité de se maintenir dans les nouvelles conditions climatiques.

Le deuxième mécanisme qu'on va voir maintenant, c'est la question de la diversité génétique. Il n’y a aucun organisme qui est strictement identique à un autre organisme. Dans chaque espèce il y a une petite variation qui est liée à des petites variations d'information génétique, qui peuvent se traduire par de petites différences de physiologie, de comportement, de morphologie, de couleur. Et donc ça va permettre dans un premier temps aux espèces de se maintenir malgré des conditions climatiques nouvelles. Donc un exemple qui se passe qui est toujours en cours en Suisse dans le canton de Vaud, vous avez des chouettes hulottes qui ont différents types de plumages : en gros des plumages sombres et des plumages plus clairs, et on voit depuis des années un changement de la proportion des chouettes au plumage clair. Et ce changement est interprété en fait comme étant une réponse de ces organismes au fait qu'avec le changement climatique la durée de vie du manteau neigeux diminue Et autrement dit, l'avantage que conférait un plumage clair sur un manteau blanc de neige par rapport notamment à la prédation, et bien il diminue petit à petit et au contraire, le plumage clair peut devenir un désavantage parce que l'oiseau est facilement repéré par le prédateur quand on n’a pas de neige. Donc là, c'est un exemple, il y en a plein comme ça qui montrent que on est en train de sélectionner, au fond, des groupes toujours au sein de la même espèce mais qui présentent des caractères, finalement on pourrait presque dire, de « préadaptation » par rapport aux nouvelles conditions environnementales.