3. La transcription

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Alors, si l'on veut parler plus particulièrement des valeurs, la première chose, c'est cette question des valeurs qui est une question déjà en elle-même assez complexe. Et j'ai repris des éléments de David Graeber sur cette notion de valeur qui s'applique aux personnes, aux choses. Alors, c'est les choses les choses matérielles, les artefacts humains, les animaux puisqu'ils sont aussi parfois considérés comme des choses dans les différents droits et aux mots. Alors ce qu'il faut voir c'est que le premier point est plutôt étudié donc les personnes par les sociologues, anthropologues, juristes avec notamment cette question des différents systèmes de valeur. Le second plutôt par les économistes dans des cadres d'économie de marché, et le troisième par la linguistique.

Si l'on prend plutôt le premier point, aux personnes, mais on y ajoutera assez vite les autres vivants, les systèmes de valeur sont des ensembles de principes et de croyances qui guident et les décisions des individus ou des groupes. Donc ce qui est important, c'est de voir dans cette première définition que ce sont des systèmes, ça fait système, c'est un certain nombre de valeurs qui font système, qui guident les comportements et donc l'action au niveau des individus ou des groupes. Et donc ces valeurs sont partagées au sein de certains groupes sociaux et il y a différents niveaux de partage des partages de valeurs, qui peuvent être au niveau d'un état, et d'autres plus à des niveaux à d'autres niveaux professionnels ou appartenance culturelle. Ces valeurs jouent un rôle important dans ce qu'on appelle la culture d'une société, puisque on est sur les aspects de moralité, de priorité. Et ce qu'il faut voir c'est que ces valeurs, on a les valeurs, les normes et les règles. Et que ces valeurs, c'est ce qui va être au-dessus en fait des normes et des règles. En fait, ces valeurs se déclineront en un certain nombre de normes et de valeurs. Bon, il y a tout un tas d'études sur cette question des valeurs, des systèmes de valeur. Je vous l'ai dit par moi ce que je connais mieux : anthropologie, un peu sociologie, mais effectivement le droit aussi travaille beaucoup ces notions de de valeur.

Une fois qu'on a dit ça, pour s'intéresser par un focus sur cette question des valeurs de la biodiversité, je voulais revenir assez rapidement sur les controverses qu'il y a entre « valeurs » et « services écosystémiques ». On a pendant voilà notamment le début du 21e siècle beaucoup parlé de services écosystémiques, et c'est une notion qui est encore aujourd'hui beaucoup discutée et beaucoup utilisée. Cette notion de service écosystémique, elle renvoie véritablement aux bénéfices que les êtres humains tirent du fonctionnement des écosystèmes. On voit bien que on peut tirer des bénéfices alors :

  • par les services support (la formation des sols, la photosynthèse, vous l'avez dans le schéma),
  • par tout ce qui est autour de provisions (la nourriture, le bois, la pollinisation),
  • par tout ce qui est autour des régulations (les températures, le contrôle, la purification de l'eau, le contrôle de l'eau, le stockage du carbone),
  • mais aussi des bénéfices liés à l'aspect culturel (éducation, récréation, esthétique).

Ces notions de service écosystémique qui, je vous l'ai dit, sont toujours utilisées, sont en lien avec des logiques marchandes. Alors, on a par exemple les paiements pour services écosystémiques et ça pose alors déjà cette question d'intégration dans ces logiques marchandes : « est-ce que tout peut être, doit être décliné dans ces logiques-là ? ». Et ça pose aussi la question d'évaluation marchande de ces services avec notamment, on le voit quand on fait des études qu'il y a une surreprésentation des services d'approvisionnement par exemple la nourriture, le bois, nourriture, bois et pollinisation, parce que ce sont les plus faciles à quantifier par rapport à d'autres sur par exemple l'esthétique ou d'autres éléments comme la photosynthèse. Donc ça pose déjà ces questions-là.

Ça a quand même un avantage, ça a toujours un avantage de renforcer la prise de conscience de la nécessité de protéger les écosystèmes parce qu'on voit qu'on est, que les humains sont totalement liés aux écosystèmes. Mais ça reste quand même à la fois une lecture utilitariste de ces écosystèmes pour le bien-être des êtres humains et une vision qui est, qui reste quand même une vision très occidentale, qui est une vision liée au marché et on sait que d'autres sociétés ne conçoivent pas forcément la relation à la nature selon cette vision. Donc aujourd'hui, un certain nombre de personnes qui travaillent sur ces questions de gestion-conservation n'utilise plus cette notion de service systémique et préfère la notion de valeur.

Alors, il y a trois grands types de valeurs aujourd'hui qui sont identifiées :

  • les valeurs instrumentales dont je vais vous parler,
  • les valeurs intrinsèques
  • et les valeurs relationnelles.

Donc les valeurs instrumentales, c'est les ressources, les services écosystémiques qui garantissent voilà ces services de nourriture, de matériaux, de pollinisation, de fertilité des sols, d'épuration de l'air et de l'eau. Et ça renvoie à ces bénéfices, ces valeurs pour les humains, les services pour les humains. J'ai pris l'exemple puisque je l'avais travaillé il y a pas très longtemps, sur l'exemple des forêts, pour que ça soit plus clair, les forêts qui ont des valeurs instrumentales sur l'érosion des sols, l'atténuation des épisodes de sécheresse ou d'inondation, les forêts urbaines avec cette diminution de la température en ville. Et puis évidemment la Banque mondiale qui estime que 350 millions de personnes dans le monde dépendent des forêts pour leur subsistance. Et donc là, on a vraiment un service, une valeur d'approvisionnement. Alors, j'avais aussi trouvé une étude de la biologiste Kathy Willis qui montre aussi les liens pour la santé, puisqu’aujourd'hui on parle beaucoup de ce lien entre biodiversité et santé, avec voilà des éléments qui sont tangibles, qui ont été démontrés sur le fait d'habiter à proximité de ces espaces verts, de ces forêts, qui atténue le stress, qui améliore la santé mentale, je lis « réduit les processus inflammatoires, renforce le système immunitaire et augmente la diversité du microbiote ». Et plus on vit à proximité des espaces verts, plus le risque de mortalité diminue et ces bienfaits ont été vus partout dans le monde. Donc on voit qu'on est aussi dans cette dans ces valeurs instrumentales au bénéfice des humains mais qui peuvent toucher des choses extrêmement différentes. Et aujourd'hui, on sait qu'on insiste beaucoup sur aussi ces bénéfices au niveau de de la santé.

Les deuxièmes types de valeurs sont les valeurs intrinsèques et qui se construisent indépendamment de l'humain. Ces valeurs donc, c’est vraiment les valeurs… « impliquent de reconnaître le droit des autres vivants à continuer leur chemin évolutif », donc on parle d'évolvabilité, « quels que soient leur taille, leur beauté, leurs valeurs économiques ou les services que les humains pourraient en retirer ». Donc il s'agit bien des valeurs pour les espèces mêmes, « les écosystèmes, les habitats en tant que tels » et indépendamment de tout bénéfice pour les humains qu'ils soient esthétique, d'approvisionnement ou autre. Et c'est donc reconnaître ce droit aux autres aux autres vivants qui ont une valeur pour eux-mêmes en tant que tels. Là toujours sur cet exemple de forêt, c'est considérer donc les valeurs intrinsèques des écosystèmes et habitats forestiers pour eux-mêmes parce que ce sont des réserves de biodiversité, biodiversité à tous les niveaux d'organisation du vivant parce que ces espèces, les plantes forestières, sont considérées comme menacées : à la fois les plantes forestières mais aussi les animaux et les oiseaux, les animaux qu'ils soient mammifères ou oiseaux qui sont inféodés à ces forêts-là, et parce que ces habitats forestiers notamment liés au milieu aquatique sont considérés en mauvais état de conservation et donc là, réagir pour ces espèces ou pour ces habitats en tant que tels.