La bioéconomie : cadrage, opérationnalisation, débats
2. La bioéconomie
2.3. Débats
La bioéconomie est souvent associée à l'idée de durabilité car elle est issue de ressources renouvelables. Pourtant, le caractère biosourcé d'un produit ou d'une activité ne garantit pas automatiquement des bénéfices environnementaux, sociaux et économiques pour les territoires concernés. Ces questions sont aujourd’hui débattues.
Comment utiliser davantage les ressources biologiques tout en préservant les écosystèmes dont elles dépendent ?
Dans certains cas, le remplacement des ressources fossiles par de la biomasse peut entraîner de nouvelles pressions sur les terres, les forêts ou les ressources en eau : déforestation ou appauvrissement des écosystèmes lié à l’expansion de certaines cultures destinées à la production d'énergie, pollutions liées au recours à des produits chimiques pour intensifier l’agriculture, accaparement des terres et déplacement de populations pour mettre en place ces cultures, etc. Ces débats montrent qu'une économie post-fossile n'est pas nécessairement une économie durable.
Le cas européen
Un même territoire peut difficilement tout faire à la fois. Dans certains scénarios de développement important de la bioéconomie, 42 à 46 millions d’hectares de terres agricoles pourraient être mobilisés pour produire de la biomasse destinée à l’énergie et aux matériaux, soit environ un quart des terres agricoles de l’UE.
Mais cela rappelle une contrainte essentielle: alimentation, énergie, matériaux et protection de la biodiversité ne peuvent donc pas être développés indépendamment les uns des autres; ainsi la bioéconomie ne pourra donc pas remplacer les ressources fossiles dans tous leurs usages. Par ailleurs, l’Agence européenne pour l’environnement alerte sur la capacité de la biomasse produite dans l’UE de répondre simultanément à l’ensemble de ces besoins dans le cadre du Pacte vert européen qui fixe le cap des ambitions environnementales.
Qui sont les bénéficiaires de cette bioéconomie ?
En valorisant des ressources biologiques disponibles localement, la bioéconomie peut-elle contribuer à relocaliser certaines activités, diversifier les revenus agricoles, créer de nouvelles chaînes de valeur et renforcer l'emploi dans les zones rurales ?
Plusieurs travaux soulignent que ce n’est pas systématique. Certaines stratégies de bioéconomie peuvent conduire à une concentration des revenus au profit d'acteurs industriels ou de grands investisseurs, sans nécessairement améliorer les conditions de vie des populations vivant dans les territoires où les ressources sont produites.
Aujourd'hui, il n'existe pas de cadre réglementaire harmonisé permettant de définir précisément ce qu'est une bioéconomie durable. Les méthodes de mesure, les indicateurs et les critères d'évaluation restent encore en construction dans de nombreux pays.