3. La transcription

Je vais commencer avec quelques rappels de définition et puis aussi situer d'où on part quand on parle de changements transformateurs. Et pour ça, il faut un peu revenir sur l'historique de l'IPBES donc qui depuis 2012 a comme mission donc au niveau de la convention des Nations- Unies pour la diversité biologique de faire des synthèses des connaissances. On va pas créer des connaissances, on va recenser ce qui existe. Et il y a eu toute une première série de rapports sur l'état de la biodiversité et des pressions directes : globalement « quel est l'état des lieux ? Qu'est-ce qui ne va pas ? ». Et là, je vous donne juste un exemple, mais il y a eu un rapport sur l'état des sols qui est considéré comme une des cinq grandes pressions sur la biodiversité, au côté du changement climatique et de bien d'autres. Et puis l'IPBES s'est dit "c'est très bien de documenter une situation critique mais on pourrait aller un cran plus loin". Et elle a commencé à développer des synthèses sur ce qu'elle appelle les pressions indirectes. Donc par exemple les conflits ou les épidémies. Ça pourrait tout à fait être en Ukraine, l'état de la biodiversité dans des zones de front avec des incendies causés par des échanges de tir, ou les épidémies, on pourrait avoir un cas autour de… je sais pas de… bien entendu du Covid ou de la dermatose nodulaire. Enfin voilà, il y a tout un tas de pressions indirectes que je vais pas détailler, mais on voit déjà que il y a un soin à apporter, à pas juste dire que ça va mal, mais essayer de comprendre pourquoi. Et c'est là que le rapport « Changements transformateurs » va aller encore un cran plus loin. Je donne juste un exemple de rapport sur les pressions indirectes avant : il y en a un qui a été très instructif je trouve, qui est paru il y a 2-3 ans, sur les différentes valeurs de la nature et les manières de les évaluer. Donc on n'est pas juste sur de l'économie, il y a aussi la philosophie et ainsi de suite. Et l'IPBES va un cran plus loin. Et ça je trouve que c'est vraiment tout l'intérêt du rapport « Changements transformateurs », vraiment un peu le message à retenir, c'est que la crise de la biodiversité est connectée à des enjeux sociaux, et notamment trois causes sous-jacentes profondes aux racines, on va dire, de l'érosion de la biodiversité, que sont 

  • La déconnexion et la domination de certains humains sur d'autres humains, ou des humains sur la nature.
  • La deuxième cause vraiment aux racines de l'érosion de la biodiversité, c'est la concentration des pouvoirs et des richesses.
  • Et la troisième, c'est la priorisation des gains individualistes, matérialistes de court terme. 

Et ça c'est ces trois causes donc sous-jacentes qui forment le contenu, un peu la grande thématique des rapports « Changements transformateurs ».

Donc si je vous ai donné cet historique, c'est pour comprendre comment on va connecter des enjeux plutôt d'écologie scientifique notamment, à des enjeux de sciences humaines et sociales. Et ça permet aussi de sentir tous et toutes, dans nos disciplines respectives, concernés. En termes de définition, c'est un peu théorique je trouve mais on va arriver à des exemples.

Les changements transformateurs, c'est des changements de structures, views and practices

  • Donc les practices, on en parle souvent, c'est les pratiques. Typiquement si on fait des coupes rases ou des coupes sélectives en forêt, si on a une agriculture qui est conventionnelle ou qui est bio. Donc c'est nos liens directs matériels sur l'environnement.
  • C'est forcément connecté à des views qui sont traduites en français par des perceptions, mais on peut parler de compréhension, vision du monde. Si vous êtes typiquement alors là, on pourrait en avoir plein mais optimiste, pessimiste, si vous pensez que ça passe par une mutualisation des moyens ou pas, enfin voilà, on a différentes compréhensions du monde et c'est aussi lié, les changements transformateurs, à des structures.
  • Structures qui est compris globalement sur comment nous les humains on s'organise pour décider en fonction de nos views, quelles vont être les practices. Donc c'est un exemple que je détaille dans la vidéo avec le plan vélo de Paris 2021-2026.

Donc c'est très bien les changements transformateurs, on est un peu sur des théories, il faut changer nos pratiques, nos manières de nous organiser et nos compréhensions du monde. Et ça, ça fonctionne si on fait référence à des quatre grands principes. Donc j'irai pas dans le détail à nouveau, mais principalement des principes 

  • d'équité,
  • de justice,
  • d'inclusion
  • et un principe d'apprentissage adaptatif. 

En fait, ça c'est un peu la boussole qui fait que on va être transformatif. C'est pour éviter que la fin justifie les moyens. On va pas partir sur une dictature verte, mais on fait attention, pour être transformateur, à bien considérer ces quatre grands principes : des relations respectueuses humain-nature ou entre humains etc. Et les changements transformateurs, en changeant structures, views, and practices, en changean conformément à ces quatre principes, permettent de sortir des trois causes sous-jacentes.

Bon, pas mal de définitions, maintenant des exemples. En fait, le rapport en est truffé d'exemples, je vous les détaillerai au fur et à mesure. Il y a des exemples qui sont internationaux mais qu'on peut aussi appliquer au cas français. Donc il y a tout un cas qui est relaté, c'est un exemple de pêcherie de certains coquillages en Galicie, donc dans la péninsule ibérique. Et c'est transformateur parce qu’il y a des pratiques, c'est « qu'est-ce qu'on récolte comme coquilles ? ».  Il y a une gouvernance : il a été décidé par exemple que on allait ensemble décider les zones où on pêche et les zones où on laisse la ressource se reconstituer. Mais c'est pas topdown, c'est pas l'État qui décide, c'est les pêcheurs qui sont vraiment impliqués avec des scientifiques. Et puis il y a aussi un changement de de compréhension, de perception du monde notamment pour tenir compte de la taille si vous êtes un petit ou un grand pêcheur dans votre entreprise, si vous avez historiquement contribué à avoir un maintien de la ressource etc. Et en fait, ça c'est un exemple de changement transformateur. C'est pas forcément très alambiqué et on peut aussi l'appliquer à un cas français. Alors moi je suis à Rennes donc on parle pas mal de Bretagne, mais on a un équivalent avec la pêcherie de coquille Saint-Jacques dans la baie de Saint-Brieuc, où on a des connexions directes entre des pêcheurs et l'Ifremer par exemple, dans une vision de pratique, dans une vision de maintien de la ressource etc etc.